Intervenir avec les hommes victimes de violence

Accueillir et intervenir avec des hommes victimes de violence conjugale est similaire aux interventions avec des femmes victimes de violence conjugale. Certains aspects, comme la honte et la non-reconnaissance, peuvent cependant être encore plus prononcés. Les points suivants pourront guider vos interventions.

 

Clarifiez la demande d’aide:

  • Quel est le motif de la demande d’aide?
  • Des mesures doivent-elles être prises pour assurer la sécurité immédiate des personnes impliquées?

 

Explorez le récit:

  • Dans le cas où les deux partenaires sont présents, on s’assurera de les séparer de manière à permettre le récit des événements dans un contexte où la crainte de l’autre partenaire peut être diminuée.
  • On prendra le temps d’établir un lien de confiance avec la personne en lui demandant de raconter l’événement : « Que s’est-il passé? » Il est possible qu’au départ, le discours soit assez confus, empreint de honte, de crainte ou de colère. En évitant de juger la personne, en faisant preuve d’empathie et en prenant le temps nécessaire pour l’écouter, on augmente les chances d’obtenir un récit clair des événements.
  • On rassurera la personne : « Je suis là pour vous aider. Pour y arriver, j’ai besoin de bien comprendre la situation. »
  • On s’assurera de guider le récit pour obtenir une chronologie précise des événements et des comportements des deux partenaires : « Comment tout ça a commencé? » « Qu’avez-vous fait? « Quelle a été la réaction de votre partenaire? », « Qu’avez-vous fait ensuite », etc.
  • On documentera en même temps les impacts : « Comment vous êtes-vous senti? » « Avez-vous été blessé (ecchymoses, coupures, égratignures, brûlures ou autre)? », etc.

 

Rassurez le client et normalisez la situation

  • « On pense souvent que les hommes ne subissent pas de violence conjugale. C’est faux. Ça peut arriver à tout le monde. »
  • « La violence conjugale est inacceptable, peu importe qui en est victime. Chaque personne a droit à la sécurité, au respect de son intégrité, à la dignité et à l’honneur. »
  • « Votre sécurité et le respect de vos droits sont importants. Vous faites bien de demander de l’aide. »

 

Explorez la dangerosité

  • « Y a-t-il déjà eu d’autres épisodes de ce genre auparavant? »
  • « Y a-t-il eu, durant les derniers jours, une aggravation des tensions, des agressions ou de leur fréquence? »
  • « Votre partenaire vous a-t-elle/il déjà menacé ou attaqué avec un objet ou une arme? »
  • « Votre partenaire a-t-elle/il déjà fait des menaces de mort, de suicide, de s’en prendre à des personnes que vous aimez? »
  • « Êtes-vous constamment sur vos gardes en présence de votre partenaire? » « Avez-vous l’impression de marcher constamment sur des œufs par crainte de ses réactions? » « Avez-vous déjà eu peur pour votre vie ou celle de vos proches? »
  • « Quelles seront, d’après-vous, les réactions de votre partenaire suite à l’événement d’aujourd’hui? »
  • « Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous? » « De quoi avez-vous besoin pour être en sécurité? » « Qu’est-ce qui pourrait vous aider à soigner les blessures, psychologiques ou physiques, que vous avez subies? »

 

Analyser la situation à tête reposée

  • Y a-t-il des actes criminels subis? Y a-t-il d’autres gestes de violence (insultes, cris, bris d’objets, propos ou gestes intimidants)?
  • Y a-t-il des actes criminels agis? Y a-t-il d’autres gestes de violence (insultes, cris, bris d’objets, propos ou gestes intimidants)?
  • S’agit-t-il de comportements agis en contexte défensif (force nécessaire utilisée pour empêcher/réduire les blessures lors d’une agression)?
  • Le récit semble-il cohérent? Y a-t-il des témoins? Les versions concordent-elles?
  • Quels sont les impacts (blessures, craintes, sentiment d’impuissance, honte, découragement, stress chronique, inquiétude pour les enfants, etc.)?
  • S’agit-il d’une situation qui se répète? Y a-t-il une augmentation de la dangerosité?
  • Quels sont les besoins immédiats de la victime? Ses besoins à plus long terme?
  • Quels sont ses propres facteurs de protection (capacité de quitter les lieux, support de parents, de proches, hébergement, aide professionnelle, autres)?
  • La sécurité des enfants ou de d’autres personnes (nouvelle/nouveau partenaire, parents, proches, autres) semble-t-elle compromise?
  • La personne semble-t-elle en état de bien évaluer la dangerosité? Différents facteurs sont à considérer :
    • La violence conjugale peut entraîner une tolérance aux agressions qui limite avec le temps la capacité des personnes à bien mesurer le danger et les impacts
    • La crainte des réactions de l’autre partenaire peut limiter la capacité à prendre des décisions
    • L’intoxication et l’état de crise peuvent aussi limiter la capacité à prendre des décisions éclairées
  • Quelles mesures peuvent-elles être prises pour aider la personne? (arrestation du suspect, saisie des armes à feu, 810, hospitalisation, appel au centre de crise, hébergement, référence au CAVAC, au CLSC, information sur les autres ressources d’aide, etc.)
  • La personne représente-t-elle elle-même un danger pour l’autre partenaire?
    • La violence conjugale est parfois mutuelle. Dans certains cas, les deux partenaires ont l’habitude de recourir aux agressions lors de différends ou de conflits; dans d’autres cas, l’exposition répétée à la violence peut avoir entraîné le partenaire agressé à user aussi de violence (soit en ripostant aux agressions, soit, avec le temps, en les initiant à son tour)
  • Des mesures doivent-elles être prises pour imposer un arrêt d’agir et assurer la sécurité des personnes?

 

Reproduit à partir de Répondre aux Besoins des Hommes Victimes de Violence Conjugale (Drouin et Trépanier, 2018)